Esko Kilpi - La disparition d'un "visionnaire humaniste" qui savait trouver, au-delà de la Technologie, les ressorts de la Transformation Sociétale.

#Esko Kilpi , #Transformation Sociétale , #Créativité

Un "leader" doit avoir 2 qualités : 1- la vision d'un monde qui n'existe pas encore. 2- la capacité de la communiquer. (Simon Sinek)

Le finlandais Esko Kilpi était l'un de ces leaders. Il était l'un des penseurs mondialement reconnus de la transition du monde industriel vers le post-industriel et l'un des phares du nouveau modèle nordique, très bien décrit par le Norvégien Borge Brende, President du World Economic Forum & ancien Ministre des Affaires Etrangères de Norvège (lien en-bas de l'article)

J'ai fait une "vf" de l'un de ses derniers articles . En voici l'intégralité. Pas besoin de commentaires pour cet article si humaniste...dont nul ne pouvait prévoir qu'il serait un testament.

L'art, l'entrepreneuriat et l'avenir du travail

par Esko Kilpi

Dec 8, 2019 ·


Nous assistons à l'émergence d'une Société Post-industrielle, Créative, et Entrepreneuriale. Les entrepreneurs s'y comportent comme des artistes, et les artistes s'y comportent comme des entrepreneurs. Ils transforment un "rien" en "quelque chose ". Les artistes donnent une forme à des idées qui, pour d'autres personnes, ne sont peut-être que de vagues pensées ou des émotions passagères. L'art est le moyen le plus efficace de créer de nouvelles associations, d'enrichir des liens et de nouvelles ouvertures, parfois radicales. L'art crée des suggestions pour de nouvelles façons de définir le monde dans lequel nous vivons.

Pour un artiste, tout ce que vous faites nourrit... tout ce que vous faites. Dans ce genre d'apprentissage itératif, l’enjeu est de savoir ce que vous devez garder et développer et ce que vous devez abandonner. Le processus de création est expérimental et continu. Il s'agit d'apprendre en cherchant. Tous les artistes sont des étudiants enthousiastes.

La curiosité façonne leur travail autant que n'importe quel outil. Il est très orienté vers l'action, les artistes font des choses, les artistes fabriquent des choses, et ils n’ont besoin de la permission de personne d’autres qu’eux-mêmes. C'est un monde où l’on ne travaille pas pour une entreprise, mais où l’on peut travailler avec une entreprise. Les systèmes d'incitation sont également en train de changer. Les systèmes financiers symboliques de l'avenir vont reconnaître et récompenser en priorité la majorité créative et non la minorité exécutive.

La créativité est un outil social et politique. Comme elle concerne l’expression personnelle, elle donne une voix et une forme à la démocratie. Comme elle est une plateforme d'idées, elle est un agent de changement. Comme elle soulève de nouvelles questions, elle concerne ce qui nous rend humains - l'imagination.

Ce n'est pas toujours facile.

Pendant un certain temps, Monet et Cézanne ont vu leurs tableaux rejetés par les jurés du Salon officiel de Paris. Cela signifiait que leur art ne pouvait pas atteindre le public d’acheteurs. Ils étaient tous deux considérés comme des ratés. Mais après quelques années, ils ont été applaudis en tant que champions et innovateurs, dont les peintures ont été considérées comme quelques-unes des plus importantes œuvres d'art produites à l'époque moderne. Qui, alors, a échoué ? L'échec dans le contexte de la créativité, ce n’est pas la même chose que de commettre une erreur, car il ne s'agit pas nécessairement de se tromper sur quelque chose.

Lorsqu'il s'agit d'entrepreneuriat et de créativité, l'échec fait partie intégrante du tissu même de la construction de quelque chose de nouveau. C'est ce qui fait que le concept d'échec n'a pas de sens. Mais il peut bien sûr y avoir un sentiment personnel d'échec, qui est souvent une partie inévitable du processus créatif. Monet et Cézanne n'ont pas cessé de peindre lorsqu'ils ont été publiquement rejetés. Ils ont continué. Non pas parce qu'ils étaient indifférents, mais parce qu'ils étaient tellement attachés à leur art qu’ils ont trouvé le courage nécessaire.

Le courage est un concept que nous associons normalement au conflit, les Davids surmontant les Goliaths. Mais il y a une autre forme de courage, le courage de penser par soi-même. C'est ce que font les artistes et les entrepreneurs, sans être sûrs que la réponse qu'ils obtiendront sera positive, et sans savoir où les mènera le fait d'avoir leur propre voix. Nous avons tendance à douter de nous-mêmes, surtout quand il s'agit de créativité. Personne ne veut risquer d'être humilié en public. C'est pourquoi la peur a mis un frein à la créativité de trop de gens. La créativité demande du courage, comme l'a dit Henri Matisse.

Encourager la créativité est un véritable objectif pour absolument tout le monde dans la société post-industrielle. Une économie créative a besoin d'individus ayant le courage et la capacité de penser, d'apprendre et de vivre de manière imaginative. Nous avons besoin de personnes qui peuvent concevoir des idées et qui peuvent les réaliser.

L'art se démarque souvent de la vie quotidienne. C'est trop souvent un passe-temps et un petit plaisir. Nous devons redéfinir le rôle de l'art. À l'avenir, l'art ne signifiera peut-être pas seulement quelque chose que nous contemplons à distance, mais une approche de la vie et une expérience acquise.

Nous devrions traiter l'art et l'expérience esthétique comme des sujets de préoccupation philosophique profonde lorsque nous cherchons la voie vers une société post-industrielle ou lorsque nous parlons de l'avenir du travail humain. L'art est plus que quelque chose de plus dans la vie qu'il faut apprécier et faire apprécier. Peut-être qu'à l'avenir, un plus grand nombre d'écoles seront des écoles d'art et un plus grand nombre de bureaux seront des studios de création.

A lire:

"The New Nordic Model" - Un article (eng.) de Borge Brende, Président du World Economic Forum et ancien Ministre des Affaires Etrangères de Norvège.