"La fausse promesse de la Technologie (1ère partie) : pourquoi la plupart des entreprises se trompent sur la transformation numérique."

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C'est le titre-choc d'un livre récemment publié , sous le titre "Technology Fallacy: How People are The Real Key to Digital Transformation".


Ecrit par Gerald C. Kane, Anh Phillips, Jonathan Copulsky, Garth A. Andruss, il s'appuie sur les résultats d'une étude pluriannuelle menée en collaboration par MIT Sloan Management Review (SMR) et Deloitte Digital qui ont interrogé pendant 4 ans 16000 entreprises ayant eu à faire face à une disruption numérique et y ayant répondu.

Ce livre n'est pas un ouvrage sur la technologie. Il traite des changements organisationnels nécessaires pour tirer parti de la technologie.

Les auteurs soutiennent que la disruption numérique concerne d'abord les personnes et qu'une transformation numérique efficace implique des changements dans la dynamique organisationnelle et la façon dont le travail est effectué. Se concentrer uniquement sur la sélection et la mise en œuvre des bonnes technologies numériques n'est pas la bonne voie pour s'adapter efficacement.. La meilleure façon de réagir à la disruption numérique est de changer la culture de l'entreprise pour la rendre plus agile, plus tolérante au risque et plus expérimentale.

MIT Press a levé le voile sur la thèse des auteurs dans un article de Medium (ici) dont vous trouverez ci-dessous la vf (traduction Christian Renard)

La plupart des entreprises - et, en fait, la plupart des experts - se trompent sur la transformation numérique.

Les dirigeants supposent à tort que répondre à la disruption numérique de leur industrie passe nécessairement par l'adoption et la mise en œuvre d'outils numériques. C'est une erreur, mais on peut la comprendre. Les disruptions causées par les technologies numériques sont certainement au coeur du problème rencontré par de très nombreuses entreprises, mais cela ne signifie pas pour autant que la technologie fait nécessairement partie de la solution. Pourtant, pratiquement toutes les définitions de la transformation numérique, souvent proposées par les fournisseurs de technologie, en font l'élément-clé du succès. Nos recherches révèlent que les aspects humains et organisationnels de la transformation numérique sont souvent plus importants que les aspects technologiques. En d'autres termes, une transformation numérique efficace peut ne pas impliquer de nouvelles technologies du tout.

En quoi consiste donc la transformation digitale ?

- C'est une question de leadership. Avoir des leaders efficaces est l'un des facteurs clés pour une transformation numérique efficace. Bien qu'il soit important que ces leaders possèdent une solide culture numérique, il est beaucoup plus important qu'ils soient tournés vers l'avenir et orientés vers le changement. Il est intéressant de noter que la majorité des entreprises, même les plus matures sur le plan numérique, déclarent avoir besoin de dirigeants plus nombreux et plus compétents pour piloter leur organisation vers un avenir numérique incertain. La différence est que les entreprises avancées sont beaucoup plus susceptibles de prendre des mesures actives pour développer des leaders que les entreprises moins avancées.

- C'est une question de talents. Nous avons observé une tendance similaire en ce qui concerne le talent "digital" - presque toutes les entreprises déclarent avoir besoin de plus de talents et de meilleurs talents, mais les entreprises ayant atteint la maturité numérique font le nécessaire pour développer ce talent. Plus de 90 % des répondants ont indiqué qu'ils devaient mettre à jour leurs compétences au moins une fois par an pour suivre les tendances numériques, mais moins de la moitié d'entre eux ont indiqué que leur entreprise accompagnait leurs efforts pour rester à jour. Dans le cas des répondants du niveau cadre dirigeant (VP's), ceux qui n'ont pas eu l'occasion de développer leurs compétences numériques étaient 15 fois plus susceptibles de déclarer vouloir quitter leur emploi dans un an.

- C'est une question de culture. Les entreprises arrivées à maturité numérique sont plus susceptibles de présenter un certain nombre de caractéristiques culturelles distinctes. Elles sont plus susceptibles d'être tolérantes au risque, d'expérimenter, d'innover et de collaborer. Ces entreprises sont également plus susceptibles de déclarer qu'elles consacrent du temps, de l'argent et de l'énergie aux efforts visant à renforcer ces aspects de leur culture, ce qui donne à penser que l'écart pourrait se creuser entre les entreprises leaders et celles ayant pris du retard. Lorsque les dirigeants me demandent par où commencer leur transformation digitale, je leur réponds souvent que le développement de ces aspects culturels est une bonne base de départ.

- C'est une question d'organisation. Les entreprises à maturité numérique sont plus susceptibles de s'organiser autour d'équipes interfonctionnelles, et ces équipes ont une apparence différente de celle de leurs homologues moins matures. Elles sont plus susceptibles de jouir d'une autonomie quant à la façon d'atteindre les objectifs opérationnels et sont plus susceptibles d'être évaluées en tant qu'unités (autonomes). Ces équipes sont souvent à l' abri des politiques et procédures bureaucratiques des entreprises traditionnelles, ce qui leur permet d'être plus agiles. Un répondant a indiqué : "Nous devons nous organiser différemment Pour penser différemment, nous devons nous organiser différemment".

- C'est une question de stratégie. Le facteur le plus important associé à la maturité numérique est peut-être le fait que les dirigeants de l'organisation ont une stratégie numérique claire et cohérente, et qu'ils communiquent efficacement cette stratégie à leurs collaborateurs. Encore une fois, cette stratégie peut impliquer ou non la mise en œuvre de technologies numériques, mais elle permet simplement d'apporter une réponse viable aux tendances numériques. Par exemple, Best Buy a développé une stratégie efficace face à la concurrence d'Amazon en se concentrant sur les gens, les halls d'exposition, et les relations- pas la technologie


Ce qu'il faut en penser

Ce livre est d'abord "américain". Il est publié à un moment où nous assistons - en France - à une explosion "médiatique" autour de l'Intelligence Artificielle.

Si l'étude MIT/ Deloitte est "globale", il faut néanmoins rappeler les différences culturelles - bien mal comprises- entre Anglo-Saxons, Latins , et Asiatiques. Les images ci-dessous résument ces différences.

D'abord, le tweet "percutant de Philippe Dewost, Directeur du Programme Corporate d'Innovation et de Transformation du Groupe VINCI


Les 2 images ci-dessous résument les points-clés d'une étude réalisée par Sana Reynolds, pour l'APCC (l'étude n'est plus accessible, mais son auteure l'est (ici)


Donc, nous les Français, nous "parlons" beaucoup, et de manière très ambitieuse, avec des capacités d'analyse-synthèse et un art de la conversation que l'on ne trouve pas souvent ailleurs. Nous avons fait de l'IA un "mot-valise" qui enflamme les esprits et ouvre les portefeuilles, mais en faire une "cause" , ça ne suffit pas. La "Big Tech" est d'abord un projet "politique" à long terme, une vision à ce stade bourrée d'amalgames et d'inexactitudes, en raison notamment de cette mise en avant "monomaniaque" de l'IA par les medias et les sociétés technologiques .

Mais la France est classée 26ème parmi 63 pays au Classement IMD 2018 de la Compétitivité Effective Mondiale qui évalue dans chaque pays étudié l'exploration et l'adoption des technologies numériques menant à la transformation des pratiques gouvernementales, des modèles d'affaires et de la société en général. (Sur le podium: 1- USA. 2- Singapour. 3- Suède.)

Au lieu de "rêver " le futur, les Asiatiques et les Américains se reconnectent d'abord à leurs publics, en cachant la "BigTech" derrière la "Small Tech"...aussi appelée "Smart Tech".

Explications:

Les Asiatiques, et particulièrement les Chinois ont ,dès le départ, raisonné "écosystèmes".

Il ne faut pas oublier qu'en Chine, Internet a décollé avec un modèle "Services". Je me souviens d'une table ronde rassemblant à la conférence LeWeb2011 cinq Telco's asiatiques qui construisaient Internet avec leurs centaines de millions d'abonnés. Ils ne regardaient pas la "Silicon Valley". Ils cherchaient comment apporter des services à leurs abonnés et les monétiser. Ca a commencé avec des sonneries...ça s'est poursuivi avec l'identification d'un "pain point" majeur, le "paiement" , qui a fait exploser l'e-commerce, la Data et l'IA, et émerger 2 géants Alibaba et Tencent , devenus les fers de lance de l'économie chinoise, avec notamment

1- Le projet "New Retail" d'Alibaba: 

"Le New Retail est l’intégration du online , du offline, de la logistique et de la data au travers d’une seule chaine de valeur." Jack Ma – Chairman – Alibaba Group

Il faut s'arrêter sur l'image ci-dessous qui présente le modèle de l'Alibaba Economy dévoilé par Daniel Zhang , le CEO d'Alibaba lors de l'Investor Day de 2017. Elle fonctionne pour une hyper-plateforme comme Alibaba. Mais elle fonctionne aussi pour le petit commerçant de la Chine rurale, surtout lorsque Alibaba envoie ses cadres évangéliser les commerçants de leur ville d'origine.


2- WeChat: la seule "super-app" mondiale...

...près d'1 milliard de personnes peuvent gérer leur quotidien sans sortir de l'app. Pour tout comprendre, lire "WeChat: The Shape of The Connected China"un dossier récemment publié par FaberNovel qui va toujours au fond des choses. Lire aussi Qui Des GAFA Deviendra La Nouvelle Super-App, un article de Forbes France (Avril 2019)

Les pouvoirs publics, les grandes entreprises technologiques, et les petits commerçants, alliés autour d'une stratégie fondée sur :

l- la reconnexion du Futur au Présent et au Passé.

2- la réénergisation de la Chine rurale.

C'est à peu près l'inverse de ce que nous faisons en France, en prenant le problème par le financement des startups par les Grands Groupes...une stratégie à long terme dont on devrait voir peu à peu le bien-fondé, mais qui gagnerait à être complétée par l'approche "bottom-up" décrite ci-dessus

La deuxième partie de cet article (Chine: Haier et le Rendanheyi, l'Inde dans les traces de la Chine, USA: l'envolée du RPA) à la fin de la semaine.

Thème: la Technologie améliore notre existence. Comment s'y prendre pour qu'elle lui donne du Sens?