Joël de Rosnay et Nicolas Bouzou: l'urgence de redonner du "Sens" au Travail.

#Avenir du Travail , #RH , #Sociétal

"Les nouvelles Techniques de Communication, Numérisation, et d’Intelligence Auxiliaire, sont en train de changer la nature du travail. Dans une économie de plus en plus servicielle, ce qui compte, c’est l’intensité et la qualité du travail, pas le temps passé. La différence se fait en grande partie par le capital humain, à savoir les qualités de créativité et d’empathie, des compétences de vision systémique de l’entreprise, de son environnement, et même du monde. La désynchronisation des temps et la délocalisation des lieux - en raison d’un ordinateur puissant que nous portons sur nous – provoque un changement fondamental. On passe du travail horodaté et contrôlé au travail continu et augmenté."

Le 13 Novembre 2018, au Forum Changer d'Ère, une conversation entre Joël de Rosnay, scientifique, prospectiviste, conférencier, écrivain...et aussi pionnier du surf et Nicolas Bouzou, économiste, essayiste et éditorialiste français, .Véronique Anger-de Friberg, fondatrice et présidente du Forum était la modératrice, et Eloi Choplin, l'animateur.

Voici un résumé de leur conversation. La vidéo de l'émission est en bas de cet article, et une transcription est disponible ici

Les nouvelles Techniques de Communication, Numérisation, et d’Intelligence Auxiliaire, sont en train de changer la nature du travail. Dans une économie de plus en plus servicielle, ce qui compte, c’est l’intensité et la qualité du travail, pas le temps passé. La différence se fait en grande partie par le capital humain, à savoir les qualités de créativité et d’empathie, des compétences de vision systémique de l’entreprise, de son environnement, et même du monde. La désynchronisation des temps et la délocalisation des lieux - en raison d’un ordinateur puissant que nous portons sur nous – provoque un changement fondamental. On passe du travail horodaté et contrôlé au travail continu et augmenté. Mais il devient difficile de séparer complètement travail et loisirs...

...Aujourd’hui, le Sens et l’Autonomie sont absents de la plupart des entreprises qui, confrontées au numérique et au digital, ne s’adaptent pas, ou très lentement, car nous avons des systèmes verticaux du 19ème siècle, alors que nous devrions être dans le pouvoir latéral, dans le pouvoir transversal. Pourtant, le travail est un outil extraordinaire pour changer le monde, pour s’humaniser soi-même, mais encore faut-il que ce travail ait un sens. Et ça doit être le rôle du dirigeant d’entreprise de montrer le Sens du travail.

« Au boulot les robots, la vie aux humains ».

La Technologie et les Humains sont des facteurs de production complémentaires. Il faut remettre la Vie dans le Travail. C’est quoi la vie? C’est une question philosophique, c’est la création collective, c’est l’empathie, c’est l’amour, c’est la capacité du partage, c’est la capacité de construire ensemble, de créer ensemble , c’est tout ce qui donne du sens à la vie , ce n’est pas seulement de consommer, ce n’est pas seulement la propriété, c’est , on le voit avec la société de la connaissance, le fait d’aller vers la contribution, le partage, la co-education, et même la coéducation transgénérationnelle. A l’avenir, Internet va devenir le vrai outil de co-éducation mondiale...

...Nous avons la possibilité de créer ensemble, de créer collectivement, et l’entreprise peut nous aider à mieux le comprendre. Le "Sens" de l’entreprise, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de faire de la croissance et du profit, mais d’être capable d’apporter quelque chose à l’environnement , apporter quelque chose à la nature humaine, apporter quelque chose à la santé, apporter quelque chose à l’éducation, donc ce paradoxe et cette phrase formidable (du livre de Nicolas Bouzou): « Tant que l’homme travaillera, l’humanité sera humaine ». C’est la raison pour laquelle je (JdR) ne crois pas à la fin du travail ... pour des raisons plus philosophiques et ontologiques qu’économiques...

...L’entreprise, c’est le lieu du travail, et c’est le lieu de l’épanouissement par le Travail. Ce qui va apporter de la joie, c’est le fait de travailler dans de bonnes conditions, d’avoir un travail qui a un Sens, et de contribuer à construire le monde. Quand je(JdR) parle avec des milleniums, ce qu’ils regrettent dans les entreprises en silo, dans la hiérarchie moderne, c’est qu’on ne les reconnaît pas, c’est le manque de reconnaissance publique de ce qu’ils ont fait de bien. Je l’ai dit tout à l’heure, mais c’est fondamental pour eux. Et l’entreprise verticalisée, au pouvoir vertical, et pas assez transversal, ne reconnaît pas les autres...

...Il y a une différence fondamentale entre le bonheur et « être heureux ». Le bonheur est un capital qu’on construit, parfois difficilement, alors qu’ être heureux, c’est un flux que l’on peut entretenir par beaucoup de choses qui viennent s’y intégrer. En fait, "le bonheur, c’est un déséquilibre contrôlé" (JdR),..

...L’entreprise libérée ? Le rôle du chef d’entreprise n’est pas de « libérer » mais de donner du Sens, de la Vision, de l’Anticipation, et de permettre aux gens de Partager. Il n’y a pas d’intelligence collective indépendante des intelligences humaines. Il y a des Intelligences qui coopèrent et qui collaborent. Et la liberté n’est pas de faire ce qu’on voudrait faire, c’est de choisir ses contraintes...

Les Conclusions:

Joël de Rosnay : Alors, il y a le Sens dont on parle beaucoup, mais il y a un terme que j’aime beaucoup aussi, mais qui est difficile à transmettre, c’est la Sagesse. Dans la société moderne qui va trop vite, qui est trop connectée, quelqu’un est un sage lorsqu’il sait se débrancher pour créer du temps ,investir du temps - parce qu’on n’a pas de temps. On ne possède pas le temps. Il s’écoule entre les doigts, comme disait Paul Valéry. On n’a pas le temps, mais on peut créer un capital temps. L’avantage d’un capital temps, c’est qu’on peut le céder à un autre. C’est une forme de création . Ça peut être un livre, une entreprise, quelque chose qu’on a créé, qui n’existait pas. Donc, le capital temps, c’est quelque chose qui permet aux gens de réinvestir du temps, et ça change les choses. En fait, je pense que la sagesse, c’est une forme d’expérience créatrice d’un capital savoir, d’un capital temps, d’un capital partageable. Je crois qu’on aura besoin de plus en plus de sages, plutôt que de managers, plutôt aussi que de gens bien informés....Aujourd’hui, il ne suffit plus d'être un bon médiateur d’informations. Il faut donner aux gens l’envie de vivre et l’envie du futur. Il faut, à côté des managers, des sages un peu utopiques pour donner l’envie d’espérer et l’envie de construire ensemble le monde qui vient.

Nicolas Bouzou: alors, je vais aussi réhabiliter une notion, qui est celle de Progrès, puisque quand on parle de progrès, on passe aussi pour un naïf, parce que l’opinion publique considère que le futur est nécessairement négatif, Notamment, quand on parle de ces technologies - la robotique, le numérique, l’intelligence artificielle - qui vont créer plus de problèmes qu’elles ne vont apporter de solutions -en soi, mais aussi sur le plan économique - Je crois que c’est faux.Je ne suis pas un déterministe sur le plan historique. L’avenir, c’est ce qu’on va faire, donc c’est entre nos mains. Quant à la Technologie, elle est neutre. Avec du nucléaire, vous pouvez faire des bombes, de l’électricité, et soigner des cancers. C’est à votre disposition. On revient à la question du Sens. Ça dépend de ce que vous voulez en faire. Je pense que nous avons aujourd’hui à notre disposition des Technologies incroyablement puissantes et elles doivent nous servir à faire en sorte que l’humanité continue sa marche vers le progrès.

 

 


L'intégralité de la "conversation", ici

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