La "post-modernité" n'est-elle qu'une étape vers le futur ?

#Sociétal , #Sociologie , #Economie , #Politique

par Harold Jarche - Publication originale en anglais le 2018-09-30 - Traduction: Christian Renard

Le modèle TIMN - Tribus + Institutions + Marchés + Réseaux (Networks) - décrit la façon dont la Société s’est organisée au cours de l'histoire: nous avons d'abord vécu en tribus, puis les institutions (L'Eglise et l'Etat) sont devenues la forme dominante. Aujourd'hui, nous vivons sous la domination des Marchés. Chaque nouvelle forme d'organisation ne rend pas obsolète les précédentes, mais les modifie. Par exemple, les tribus et les clans ont moins d’influence sur les marchés mondiaux que les bourses de valeurs. Mais les familles restent des unités de liaison puissantes entre les personnes. Nous vivons actuellement dans ce que David Ronfeldt appelle une société tri-forme : Tribus + Institutions + Marchés (T+I+M). Nous nous dirigeons vers une société quadriforme, dans laquelle le « réseau » devient le principal levier pour organiser la société (T+I+M+N*). Nous n'y sommes pas encore, mais avec la guerre en réseau, les cryptomonnaies en réseau et les mouvements sociaux en réseau, nous pouvons déjà voir des exemples de ce que pourrait être notre avenir.

J'ai également cartographié la manière dont nos méthodes de communication dominantes pourraient être les moteurs de ces changements d'organisation. Dans le passé, nous avons suivi une voie similaire en passant des communications orales à écrites puis imprimées. Les communications électriques ou numériques ont commencé avec le télégraphe et ont été dominées par les médias électriques de diffusion et maintenant par les technologies Internet. Le passage du triforme au quadriforme est en bonne voie et e post-modernisme en est l'une des manifestations.


  • L'un des projets de la "Modernité", comme le dit Habermas, consistait à favoriser le progrès en intégrant les principes de rationalité et de hiérarchie dans la vie publique et artistique. Un autre philosophe, Lyotard, a compris la modernité comme «une condition culturelle caractérisée par un changement constant dans la poursuite du progrès». La post-modernité représente alors l’aboutissement de ce processus où le changement constant devient le statu quo, ce qui rend obsolète la notion de progrès ».
  • Les artefacts de la post-modernité incluent la domination de la télévision et de la culture populaire, le large accès à l'information et les télécommunications de masse. La post-modernité fait également preuve d'une plus grande réticence à faire des sacrifices au nom du progrès perçu dans la défense de l'environnement et dans le mouvement pacifiste à l'influence croissante. Au cœur de la post-modernité se trouve une attention croissante portée aux droits civils et à l'égalité des chances, ainsi qu'à des mouvements tels que le féminisme et le multiculturalisme, mais aussi une réaction brutale contre ces mouvements. La sphère politique post-moderne est marquée par de multiples arènes et possibilités d’action politique et citoyenne concernant diverses formes de lutte contre l’oppression ou l’aliénation (dans des collectivités définies par le sexe ou l’appartenance ethnique), tandis que l’arène politique moderniste restait limitée à la lutte des classes. –Le paradoxe de la modernité et de la post-modernité


La post-modernité est-elle le symptôme d’une société en transition entre l’ère du marché et celle du réseau?

Le projet Nordic Bildung décrit ainsi la prochaine étape logique, celle du passage de la post-modernité à la méta-modernité:

  • Les codes de la modernité nous ont permis d’avoir la science, la technologie, la médecine, la primauté du droit, les droits de la personne, la démocratie et la liberté individuelle. Tout cela est bien.
  • Les codes de la post-modernité nous permettent d’analyser et de déconstruire tous les récits, les structures de pouvoir et les constructions sociales ci-dessus et de garder une distance ironique. C’est fantastique, mais il est tout simplement impossible de construire une société fondée sur la déconstruction et l’ironie. et donc la post-modernité n’est qu’une phase de transition. Bien que cruciale.
  • Les codes de la méta-modernité intégreront le moment venu tout ce qui précède.

Les auteurs de The Nordic Secret décrivent la période post-moderne comme - ponctuelle, chaotique, pleine de sentiments et d’ironie, avec trop d’informations et pas de frontières. Ils voient dans le passage à la méta-modernité - fondée sur les principes appris par les pays nordiques lors de la transformation de sociétés agraires en démocraties industrialisées - comme un moyen de faire face aux complexités à venir. En "mappant" cela avec le modèle TIMN, nous pouvons dire que:

• Indigènes = Tribus

• Traditionnel = Institutions

• Moderne = Marchés

• Méta-moderne = Réseaux.

La perspective post-moderne semble n'être qu'une voie temporaire empruntée par des personnes confuses, certaines regardant avec nostalgie la modernité et d’autres embrassant la confusion de la post-modernité. Peut-être (avec un peu de chance) quelques-uns se donnent-ils les moyens de parvenir à la forme culturelle plus stable de la méta-modernité.

Pour aller plus loin : 4 livres + 1 pour mieux comprendre un monde en version “beta” perpétuelle.


Des idées exploitables sur la manière d’apprendre, de travailler, et de réussir dans une société en réseau.

Les changements dans la nature du travail et l'évolution de nos perspectives d'apprentissage et de connaissance constituent les thèmes centraux des quatre volumes de la série "perpetual beta". La manière dont nous travaillons change à mesure que nous entrons dans l'ère du réseau. Le travail créatif commence à dominer le travail standardisé alors que nous passons à une économie post-industrielle. Le principal moteur de ce changement est l'automatisation du travail de routine, notamment par le biais de logiciels, mais de plus en plus avec des robots. Le travail valorisé consiste à gérer les exceptions, à traiter des problèmes complexes et à effectuer des tâches personnalisées. Le travail valorisé à l'ère du réseau est humain. J’ai écrit «A la recherche du Perpetual Beta" » pour créer un récit cohérent de dix années de blogging. Les volumes suivants ont suivi au cours des deux années suivantes.