Une Boussole pour l’Avenir du Travail.

Publication originale en anglais sur le blog d’Harold Jarche le 28 01 2018 sous le titre A compass for the future of work.

Harold JarcheIl ne fait aucun doute que l’automatisation par les machines et les logiciels remplace le travail humain et met en péril de nombreux emplois actuels. La façon dont cela va se passer est incertaine, comme le montre l’analyse par le MIT Technology Review de diverses projections qui montrent une grande divergence. Forrester s’attend, par exemple, à ce que les États-Unis perdent 13,8 millions d’emplois et en gagnent 3 millions en 2018. Le World Economic Forum prévoit que, sur un échantillon de 15 pays, 7,1 millions d’emplois seront perdus et 2 millions gagnés d’ici 2020,. Quant à Gartner,il prévoit d’ici 2020 la perte de 1,8 million d’emplois (seulement) et la création de 2 millions. On peut en déduire que personne n’en sait rien.
Même l’accent mis un peu trop fortement sur la Science, la Technologie, l’Ingénierie et les Mathématiques (STIM) peut se révéler être une impasse à long terme.

“Quand la technologie peut tout faire, la question devient: que faut-il faire et pourquoi? Nous, les êtres humains, ne pouvons pas être suffisamment préparés pour l’avenir sans une exposition aux sciences sociales, humaines et artistiques … Les STIM étaient cantonnées au domaine de la recherche, elles sont devenues des compétences de travail essentielles. Mais elles recèlent un cheval de Troie. Les capacités STIM requises pour développer de la technologie vont un jour générer des technologies qui accompliront mieux les STIM que les êtres humains. Si nous sommes trop concentrés sur les compétences en STIM, nous finirons par nous STIM-mer nous-mêmes au chômage. “-Quartz 2017-11-22

Nous ne savons pas quelles compétences spécifiques seront nécessaires demain pour valoriser le travail humain. Que ce travail soit payé ou non sera l’objet d’ un autre billet. Mais on peut avancer qu’il ne sera pas facile d’automatiser des compétences comme la Curiosité, la Créativité, l’Empathie, l’Humour, et la Passion. De son côté, Ross Dawson a établi une liste plus complète, fondée sur trois piliers : l’Expertise, la Créativité, et le Relationnel.

Une autre façon de regarder l’automatisation est de savoir comment nous allons travailler avec les machines. Dans Only Humans Need Apply, les auteurs identifient cinq façons de s’adapter à l’automatisation et aux machines intelligentes. Ils les ont organisées en « mouvements » (stepping). J’ai ajouté entre parenthèses les compétences que je pense nécessaires pour chaque option.

1- Step-up: diriger le monde de la machine « augmentée » (créativité)
2- Step-in: utiliser des machines pour augmenter le travail (réflexion profonde)
3- Step-aside: faire un travail humain pour lequel les machines ne conviennent pas (empathie)
4- Step-narrowly: se spécialiser étroitement dans une niche trop petite pour l’augmentation (passion)
5- Step-forward: développer de nouveaux systèmes d’augmentation (curiosité)

Cela peut aider les gens à se préparer à de futurs emplois et à un travail rémunéré. Par exemple, en 2011, le New York Times a rapporté que des «armées d’avocats» étaient «remplacées par des logiciels moins chers» qui faisaient de l’ «enquête électronique». Dans Only Humans Need Apply, on trouve l’ exemple d’un avocat qui a su tirer parti de cette rupture. Il a commencé à se spécialiser dans ce domaine de l’enquête électronique, et a fini par abandonner le litige commercial pour s’y concentrer , à temps plein, en tant qu’ avocat plaidant. Nous ne pouvons pas prédire l’avenir, c’est sûr. Mais,s’agissant de l’avenir du travail, ce n’est pas d’une carte dont nous avons besoin, mais d’une bonne boussole. Et cette boussole devrait être basée sur ce que nous savons de l’être humain. Car nous savons ce qui motive les gens. Selon la théorie de l’autodétermination (la TAD), il existe trois facteurs humains universels: l’autonomie, la compétence et le sentiment d’appartenance. Nous avons besoin d’un minimum de contrôle de notre existence, nous voulons être bons à quelque chose, et nous voulons sentir que nous appartenons à des cercles nous réunissant à d’autres personnes. Ces leviers sont ce qui nous fait faire ce que nous faisons.

“Ce qui signifie que le contexte social peut soit soutenir, soit contrecarrer les tendances naturelles à l’engagement actif et à la croissance psychologique, ce qui  catalysera un déficit d’intégration, des attitudes défensives, et le déclenchement de solutions de substitution permettant de satisfaire ces besoins. C’est la dialectique entre l’organisme actif et le contexte social qui est à la base des prédictions de la TAD sur le comportement, l’expérience et le développement. Dans la TAD, les nutriments pour un développement et un fonctionnement sain sont spécifiés à partir des concepts de besoins psychologiques de base que sont l’autonomie, la compétence et l’appartenance. S’ il y a une continuité dans la satisfaction de ces besoins, les gens vont se développer et fonctionner efficacement, et ils éprouveront un sentiment de bien-être, mais s’ ils sont contrecarrés, ils auront tendance à démontrer leur mal-être et à fonctionner de manière non optimisée “

Quand nous regardons l’avenir du travail, la perte d’emplois actuels et les effets de l’automatisation, nous devrions utiliser la boussole TAD pour nous guider, plutôt qu’une carte listant ce à quoi les emplois de l’avenir pourront ressembler. Ces cartes sont trop rapidement obsolètes. En se préparant à ce nouveau monde du travail, les décideurs politiques et les dirigeants organisationnels devraient examiner la manière dont ils peuvent améliorer l’autonomie, la compétence et le sentiment d’appartenance de tous. L’avenir du travail prendra alors soin de lui-même.

Je discuterai de l’avenir du travail et de la façon dont nos réseaux sociaux affectent notre sens de l’autonomie, de la compétence et de l’appartenance au  Landing Festival de Berlin en mars 2018.

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