Rupture ou Mutation? L’ analyse de Thomas Friedman -La terre est plate- (NYT 11 Octobre 2011).

by christianrenard1 on 12 octobre 2011

Thomas Friedman, OP-ED Columnist du New-York Times est l’auteur de  «  La terre est plate », un ouvrage visionnaire sur la mondialisation et ses effets. Il parcourt aujourd’hui la planète pour détecter   les tendances et évolutions susceptibles de changer notre vie, et nous les faire comprendre avec rigueur et clarté. Sa dernière colonne , publiée  hier dans le New-York Times,  prend du recul sur  les multiples éruptions de colère qui secouent la planète depuis quelques mois.

« Quand on assiste à des mouvements de protestations spontanés du Caire à Tunis, mais aussi de  Madrid et à Wall Street (les Indignés), il est clair que quelque chose se passe ,  un mouvement « global » qu’il faut définir . »

Pour cela, Thomas Friedman s’appuie sur 2 visions contradictoires :

  • L’une pessimiste, celle de  Paul Gilding , un écologiste australien, auteur du livre « La Grande Rupture » (The Great Disruption) qui pense qu’elles sont annonciatrices de  la fin du système économique actuel.
  • L’autre optimiste,celle de John Hagel III et  John Seely Brown, co-Chairmen  du « Center for the Edge de Deloitte, et auteurs de « The Power of Pull »  qui font de ces éruptions les premières étapes inévitables  de « La Grande Mutation » résultant de la collision entre la Globalisation et la Révolution Technologique en cours.

Entre les deux, Friedman ne choisit pas, mais précise que cela ne change rien à l’ampleur et à la brutalité des changements à attendre.

Ci-dessous , traduction de son éditorial. L’original ici. A noter : Le titre de l’éditorial « Something’s Happening Here » , est une référence à une célèbre  chanson  écrite en 1966 par  Buffalo Springfield (paroles ici )

Paul Gilding, a une vision systémique de la planète. Pour lui,il ne faut pas regarder isolément les mouvements de protestation, la crise de la dette, ou les déréglements climatiques. Ces manifestations sont le signe que le système capitaliste obsédé par la croissance a atteint ses limites financières et écologiques. « Nous assistons à la rupture douloureuse d’un système fondé sur la seule croissance économique, une démocratie inefficace, et la saturation de notre planète. Il  se détruit tout seul . C’est « La Grande Rupture » .

Alors, occuper Wall Street peut paraître  dérisoire, mais c’est une façon de dire que « Le Roi est Nu ». Le système est brisé. Certes, les riches sont de plus en plus riches, les entreprises font des profits et récompensent largement leurs dirigeants, mais pendant ce temps, beaucoup de gens s’appauvrissent, croûlent sous les dettes, le chômage, et se rendent compte que leurs enfants risquent de devoir affronter une situation pire. Et la planète continue de se dégrader.

Que ce mouvement de protestation se développe ou non, il restera une large coalition de tous ceux auxquels le système a menti et qui se réveillent. Ce ne sont pas seulement les écologistes , les pauvres et les chômeurs. C’est aussi « Monsieur Tout Le Monde », et les classes moyennes passées par l’Enseignement Supérieur. Tous font les frais d’un système qui a vu toute la richesse produite depuis 30 ans se concentrer sur 1% de la population. »

« Pas si vite, dit John Hagel III, dans « The Power of Pull » : nous sommes dans les  phases initiales de « La Grande Mutation », fortement accélérée par la fusion de la Globalisation, et de la Révolution des Technologies de l’Information.

Dans les phases initiales, nous vivons cette mutation comme une pression de plus en plus forte, une détérioration de la compétitivité et un stress croissant parce que nous continuons de fonctionner avec des institutions et des pratiques qui ne sont plus efficaces. Il ne faut donc pas être surpris par les mouvements de protestation actuels.
« La Grande Mutation » libère un énorme flux –global- d’idées, d’innovations , de nouvelles possibilités de collaboration, de nouvelles opportunités de marchés. Et ce flux à la croissance ininterrompue est de plus en plus  riche et de plus en plus rapide.  C’est la nouvelle clé de la productivité, de la croissance, et de la prospérité. Mais pour se   brancher  efficacement, chaque pays, chaque entreprise, chaque individu, doit chercher à s’améliorer et à développer ses talents sans relâche.

« Nous vivons en effet dans un monde où les flux prédomineront et permettront de vaincre tous les obstacles, nous dit Hagel. .  Quand ces flux  prennent de la vitesse, ils sapent la précieuse réserve de savoir qui nous donnait la sécurité et faisait notre richesse. C’est un appel à apprendre plus vite collectivement et à libérer notre véritable potentiel individuel et collectif. Cela ouvre des perspectives très excitantes, mais il ne faut  pas avoir peur de s’engager dans  de multiples flux . C’est l’essence même de « La Grande Mutation » .
Plus que jamais, les entreprises ont un accès facile et pas cher à toutes sorte de ressources : des logiciels,  des robots, des automates, des talents, et même du génie. Alors il est vrai que pour tenir un emploi, il faut aujourd’hui plus de talents, mais d’un autre côté les individus –oui, les individus- accèdent désormais facilement au flux. On peut suivre  des cours en ligne à Stanford depuis un petit village d’Afrique,  démarrer une entreprise avec des clients partout, ou  collaborer avec des gens du monde entier. Nous avons plus de problèmes que jamais, mais nous n’avons jamais eu autant de personnes pour les résoudre.

Alors conclut Thomas Friedman, voici 2 points de vue  différents- l’un centré sur la menace, l’autre sur l’opportunité.Chacun d’eux est annonciateur de changements « sismiques ».  Gilding est au fond de lui-même un optimiste. Il pense « La Grande Rupture » inévitable, mais la race humaine n’étant jamais meilleure qu’en situation de crise, il faut attendre « l’impact » pour que se libèrent les capacités de transformation économique et sociale (grâce notamment aux outils de « La Grande Mutation » ).  Hagel est, lui aussi, un optimiste. Il sait que « La Grande Rupture » peut nous tomber sur la tête, mais il pense qu’elle a  déjà fait émerger un monde où l’on n’a jamais vu autant de talents, de potentiel et d’outils pour s’atteler au changement.

« Je pense comme Hagel, nous dit Thomas Friedman pour terminer, mais je pense aussi qu’ignorer Gilding, c’est prendre un risque. »

Ce blog , créé il y a 2 ans, est dédié aux énergies digitales. On perçoit mieux aujourd’hui  l’ampleur  et  l’accélération du   »tsunami » technologique, ainsi que  les effets dévastateurs de la technologie mal utilisée . Mais l’enjeu est sociétal . Apprendre à  canaliser et démultiplier l’énergie du plus grand nombre. Créer une solidarité dans l’amélioration individuelle et collective. Produire quotidiennement un peu de richesse supplémentaire  grâce  au talent et à la créativité de beaucoup, c’est aussi  sortir par le haut d’une crise qui cache une très profonde mutation. Pour cela, il faut s’ouvrir, même très progressivement.( 64% des entreprises interdiraient  à leurs salariés l’accès aux réseaux sociaux.)

Commençons par le commencement…Si ce billet vous a paru pertinent, relayez-le. Nous sommes tous concernés.

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