Comment gagner des milliards avec les réseaux sociaux? Les nouveaux « business models » viennent d’Asie et facilitent la démocratisation des “smartphones”.

by christianrenard1 on 13 décembre 2010

« Asia : Digital Life, Real Billions »  C’était le thème de la table ronde organisée le 9 Décembre  à la conférence LeWeb10.

5 tendances :

1.    Le marché asiatique est peut-être différent. Il est surtout en avance.

  • La Corée a 15 ans d’avance sur l’Internet mobile, les jeux en ligne  et les micropaiements. Il y a de multiples façons simples de payer en ligne , et la transaction moyenne est de US$10 , avec des « business models » prouvés et « exportables ».
  • Le Japon a une couverture 3G de 99%( !) et un système de paiement sur mobiles très populaire (US$ 7milliards  pour le commerce mobile, plus US$ 5milliards pour les contenus mobiles).
  • En Chine, Temcent regroupe près de 600 millions d’abonnés actifs et est devenu le 3ème réseau social au monde, grâce notamment à un système de messagerie instantanée I’mQQ intégrant un large bouquet de services qui génère un CA de US$ 3 milliards.
  • La capitalisation boursière de Temcent est de US$ 45 milliards ;celles des Japonais GREE et MIXI sont respectivement de US$ 3milliards et US$ 1 milliard.

2.     La « socialisation » transforme les jeux en ligne. Le « Social gaming » sur les mobiles va devenir un mode d’interaction entre les marques et les consommateurs.

  • Au Japon, Mixi , a intégré le « social graph » virtuel  dans ses jeux.
  • Le coréen Nexonova réalise un Chiffre d’affaires de US$ 1milliard (dont 50% à l’export) à partir de jeux en ligne

3.     Le modèle « B to C » supplante progressivement le modèle « publicitaire ».

  • En Corée la vente d’objets et de services virtuels rencontre beaucoup de succès et permet d’élargir le marché de 2 côtés :
    • Il satisfait les consommateurs ne souhaitant pas payer un abonnement mensuel
    • Il permet aux abonnés  prêts à dépenser plus d’être plus actifs.
  • Pour Nexonova, le succès dépend du bon équilibre entre le temps passé en ligne et le nombre d’articles achetés. Il faut également être très attentif à l’expérience utilisateurs : le jeu est trop difficile ? ils abandonnent. Trop facile ? ils abandonnent aussi. « Les jeux, ça ne fonctionne que par l’expérience : on lance, on a le « feed back », on ajuste… »
  • Au Japon, GREE consacre US$ 10 millions/mois à la promotion « offline » télévisée de ses services en ligne (CPO US$ 15, et dépense moyenne mensuelle par utilisateur : US$ 2). On retrouve, modernisés, tous les ingrédients du marketing direct.
  • Dans les marchés émergents, les avatars et le « social graph virtuel » sont beaucoup plus efficaces que l’approche à visage découvert de Facebook / Zynga.

4.     L’Asie met en quelque sorte la « Française des Jeux » sur mobile : un modèle ouvert, une adoption massive, à la portée de toutes les bourses.

  • Avec l’iPhone, Apple a lancé l’Internet mobile. Mais le système Apple est fermé et onéreux. Les opérateurs asiatiques semblent fonder beaucoup d’espoir sur Androïd , qui permet d’offrir une très grande qualité ergonomique et graphique sur des mobiles beaucoup moins onéreux fabriqués massivement en Chine .
  • Va-t-on voir en France une propagation rapide du smartphone « pas cher » par les Jeux ?

5.     Internet fait naître une nouvelle race d’entrepreneurs. Ils identifient un problème Consommateur et ils le résolvent. 2 exemples de Corée, cités par  Chang Kim,l’ex-CEO de TNC :

  • Education : Le marché coréen de l’emploi est tellement concurrentiel que les étudiants font un large appel aux cours de soutiens, ce qui est très onéreux. Un entrepreneur a donc eu l’idée de créer un système de soutien scolaire en ligne. Son offre se compose d’un ordinateur multi-media équipé d’un logiciel de e-learning, complété par l’accès à un réseau de professeurs sélectionnés. A moins de 15$/heure,c’est un grand succès.   (L’enquête PISA de l’OCDE sur les systèmes éducatifs, publiée il y a quelques jours, place la Corée au 1er rang mondial. La France est 18ème !).
  • Loisirs : Les coréens adorent le golf, mais il y a peu de parcours. Un entrepreneur a donc eu il y a quelques années l’idée de créer des golfs virtuels. Il en existe aujourd’hui 5000, composés de 18 à 20 salles équipées de gros projecteurs 3D reconstituant des parcours. Le golfeur vient avec son équipement et frappe ses coups normalement. Un parcours très accessible ( US$10 à 20). Un business florissant : CA> US$ 500 millions.

(La France dispose sur ce point d’un terreau fertile: un grand nombre de jeunes pousses, de multiples encouragements, quelques réussites avérées. Mais un champ largement ouvert au développement d’applications facilitant la vie du consommateur…)

6.     Les opérateurs asiatiques sortent de leurs frontières.

Interrogés sur les raisons de leur présence à Paris, les participants à la table ronde ont unanimement indiqué qu’ils étaient là pour nouer des partenariats, faire des acquisitions, voire susciter la création de start-ups qu’ils rachèteraient après. Ils ont tous un savoir faire important et, selon eux, exportable, ainsi qu’une forte capacité d’investissement.

« Pour réussir à l’export, Il faut une stratégie globale, mais il est essentiel de localiser l’aspect. Il faut des partenaires locaux ».

Je fais partie d’une génération professionnelle qui a tout appris des Etats-Unis (dans mon cas, c’était le marketing direct, et j’ai passé toute ma carrière à transposer en France des succès américains). Il faut maintenant apprendre à regarder (aussi) à l’Est.

Il faut une fois de plus rendre grâce à Loïc et Géraldine Le Meur d’avoir situé  à Paris une conférence   qui rassemble désormais  autour  des  ténors mondiaux des TIC les start-ups , développeurs, et candidats entrepreneurs  ; d’avoir ensuite choisi d’ouvrir cette conférence en « live » à tous les internautes (le choix de l’anglais étant la condition d’ une dimension worldwide), et de faciliter ainsi la constitution d’un réseau entrepreneurial inestimable.

Reste à souhaiter que les hasards du calendrier ne fassent  pas se dérouler simultanément à quelques kilomètres de ces grands espaces   la Journée Nationale du Marketing de l’ADETEM qui regroupait sur des sujets voisins la fine fleur du marketing français pour des exposés que l’on a dit très brillants , mais pas franchement  accessibles au public.

2 compléments :

  • Le compte-rendu plus complet du débat par Marie-Catherine Beuth (Blog Le Figaro-Etreintes digitales): ici
  • La vidéo intégrale, ci-dessous :


Crédit image : solutionsauxentreprises.lemonde.fr via Google images

  • Pingback: Les tweets qui mentionnent Comment gagner des milliards avec les réseaux sociaux? Les nouveaux « business models » viennent d’Asie et facilitent la démocratisation des « smartphones ». -- Topsy.com

  • http://www.yoannromano.com Yoann Romano

    La Corée (précisons du Sud) est effectivement en avance parce qu’elle progresse à un rythme fulgurant. Il y a seulement deux pays qui ont mis moins de 100 ans à devenir “développés” : cette Corée du Sud et Israel. Ce n’est pas un hasard lorsqu’on sait que les coréens ne prennent presque pas de congés, et qu’il n’est pas rare qu’il travaille 10 à 12 h par jour. Oui, vous avez bien lu. D’ailleurs avant que Facebook n’existe il y avait déjà un réseau social coréen. Dès lors je ne doute pas qu’ils nous apportent dans les prochaines années beaucoup d’innovations. Et quand on voit avec quel perfectionniste ils travaillent ils le méritent. En tout plus que nous pauvres français qui pendant ce temps manifestons dans la rue !

    Yoann

  • http://www.yoannromano.com Yoann Romano

    La Corée (précisons du Sud) est effectivement en avance parce qu’elle progresse à un rythme fulgurant. Il y a seulement deux pays qui ont mis moins de 100 ans à devenir “développés” : cette Corée du Sud et Israel. Ce n’est pas un hasard lorsqu’on sait que les coréens ne prennent presque pas de congés, et qu’il n’est pas rare qu’ils travaillent 10 à 12 h par jour. Oui, vous avez bien lu. D’ailleurs avant que Facebook n’existe il y avait déjà un réseau social coréen. Dès lors je ne doute pas qu’ils nous apportent dans les prochaines années beaucoup d’innovations. Et quand on voit avec quel perfectionniste ils travaillent ils le méritent. En tout cas plus que nous pauvres français qui pendant ce temps manifestons dans la rue !

    Yoann

  • http://www.aximark.fr/blog christianre

    Vous avez raison.Et il faut ajouter que ça se passe dès l’école : les cours de soutien scolaire et la formation continue y font partie de la “consommation de masse au quotidien “. C’est dès l’enfance que se prend l’habitude de l’effort. Et les Français ne sont biologiquement pas moins doués que les coréens pour cela. Il y a ceux que l’on n’entend jamais dans les rues , et pour qui Internet n’est pas un moyen de perdre du temps au travail , mais le moyen de profiter des formidables opportunités qu’offre l’émergence du nouvel Internet. Ils feront rebondir notre pays. Dans 5 ans ? dans 10 ans?

  • Pingback: Le rapport annuel très attendu de Mary Meeker (KPCB) sur l’état de l’Internet en 2012, avec 58 diapos très parlantes sur la transformation de notre vie quotidienne.

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