Nous sommes au milieu d’une révolution comparable à la révolution industrielle qui a vidé les campagnes au début du 20ème siècle, mais c’est maintenant que son ampleur se dessine. Pour les experts, une telle révolution suit un cycle de 30 ans. Selon eux, la révolution de l’information a commencé au milieu des années 90, avec les débuts d’Internet. Les 15 premières années ont été le théâtre d’avancées technologiques massives, souvent spectaculaires, mais sans remises en cause fondamentales. Nous entrons aujourd’hui dans une phase de bouleversements socio-économiques accélérés, auxquels les entreprises sont peu préparées, bien qu’il faille s’attendre à une «déferlante ». Cette entrée dans « l’âge de l’information » est provoquée par la technologie, mais elle sera guidée par des facteurs « socio-économiques ». Voici 5 raisons urgentes d’ouvrir les yeux :
Raison n° 1 : Nous allons être « connectés » 24/24 et 7/7, par le biais d’outils performants et (presque) gratuits. Le web en temps réel envahit les foyers, les bureaux. Avec les « smartphones », il est au cœur de nos téléphones mobiles. Il change notre façon de consommer et rend floues les frontières entre le travail et la vie familiale. Les nouvelles « boîtes à outils » offertes aux développeurs par Google, Apple, Twitter, Facebook,… et les autres, vont amener sur le marché une nouvelle génération d’applications gratuites, et donc accessibles à tous, qui vont changer et la vie quotidienne du consommateur et obliger les marques à réinventer leur marketing.
Quelques exemples de « disruption technologique » :
- Google vient de lancer un GPS gratuit et négocie actuellement avec Apple son application à l’iPhone. Couplé avec la géo-localisation, il permettra par exemple à un producteur de passage dans une ville de prévenir ses bons clients et de fixer plusieurs lieux de rendez-vous optimisés, guidage compris, pour faciliter la rencontre avec ces derniers.
- L’indexation par les moteurs de recherche des messages « postés » en temps réel sur Twitter (25 000 000 de publications quotidiennes en Octobre) ou Facebook (350 000 000 d’adhérents) va changer la nature et le rôle des moteurs de recherche… ainsi que les stratégies de communication sur ces réseaux. « Après l’exhaustivité, la fraîcheur ».
- La technologie Flashcode va permettre, par smartphone interposé, un dialogue entre une marque et un consommateur devant le produit , sur le lieu de vente; ou entre un annonceur et le lecteur d’un quotidien ou d’un magazine.
- La « réalité augmentée » donne également une nouvelle dimension au smartphone. La RATP a ainsi développé une application pour l’iPhone qui permet de se diriger vers les stations proches et souligne les points d’intérêt. Aujourd’hui, on annonce le lancement de la première application Twitter / iPhone qui utilise la fonction geo-localisation de Twitter avec divers filtres.
Raison n° 2 : La « collaboration de masse » va devenir la règle. Il existe une multitude d’outils pour cela. Google Wave veut révolutionner la communication en ligne, en cumulant les fonctionnalités : email, messagerie instantanée, photos, micro-blogging, et travail collaboratif. Anecdote : au moment où nous écrivons ces lignes, on assiste à la 1ère chasse à l’homme « collaborative » sur Google Wave. Le Seattle Times a en effet démarré une Wave publique afin de suivre les informations sur la recherche d’un homme soupçonné de meurtre aux US. Toute personne inscrite sur Google Wave pourra participer, et contribuer.
Raison n° 3 : L’esprit « micro-entrepreneurial » va se développer très fortement :
- Se mettre à son compte est de plus en plus facile:
- C’est de moins en moins cher : les outils ne coûtent (presque) plus rien.
- Le partage d’expérience et de savoir devient la règle.
- Les incitations et aides se multiplient.
- Les regroupements et communautés d’entrepreneurs foisonnent.
- L’indépendance et la mobilité apportées par le « numérique » procurent une qualité de vie très appréciable
- A l’intérieur des entreprises :
- Les outils conversationnels vont envahir les entreprises et « libérer » l’énergie retenue par les organisations hiérarchiques et les silos.
- les structures vont s’aplatir, les notions de « centralisation/ décentralisation » devenues obsolètes seront remplacées par des communautés d’initiative associant les diverses parties prenantes internes, les forces commerciales et les points de vente, des fournisseurs, des clients et des experts.

Raison n°4 : La convergence des énergies innovatrices, canalisée par les multiples initiatives des pouvoirs publics et des collectivités locales, devrait créer une dynamique forte. On voit se développer des structures tournées vers le changement. Elles emploient des méthodes participatives qui s’appuient largement sur les TIC, avec l’utilisation judicieuse des multiples sources de financement accessibles , récemment renforcées par les 4 milliards d’euros du Grand Emprunt dédiés aux TIC.
Dans cette phase de mutation violente, l’innovation devrait donc être portée par ces nouvelles structures transversales, formelles et informelles, car il faudra du temps aux entreprises pour passer d’une culture « produit / process » à une logique « service » et « co-création de valeur client ». C’est par l’association à ces projets innovants qu’elles accéléreront l’indispensable changement.
Aujourd’hui se déroulait au Ministère des Finances, à Bercy, à l’initiative de la Direction générale de la compétitivité, de l’Industrie et des Services (DGCIS), un colloque au thème prometteur : « L’industrie des TIC au service de la santé et de l’autonomie », présidé par le Professeur Franco. Le thème est innovant. La méthode l’est encore plus. Tous les acteurs concernés sont présents, mais toute personne intéressée peut s’inscrire en ligne, participer, entendre des experts, découvrir des projets, poser des questions. Parmi les annonces intéressantes, le lancement d’un Centre national de référence dédié à la Santé à domicile et à l’Autonomie. « Soutenu par le Ministère de l’Industrie à hauteur de 4 millions d’euros sur 3 ans, ce centre aura pour mission de développer l’usage des TIC dans ce domaine et de permettre la réalisation et la diffusion de solutions. Il renforcera le travail entre l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur et sera ouvert à de nouveaux partenariats. Il mènera des missions d’intérêt général (information et sensibilisation des acteurs, coordination d’initiatives collectives, contribution à la normalisation, suivi des évolutions légales et réglementaires, etc.) et pourra également assurer des prestations commerciales (formation, veille, conseil, etc.). Un soutien pour les entreprises, puisqu’il devrait les aider dans leurs projets, faciliter les partenariats, disposer de moyens de test et d’essai afin de vérifier l’intégration des solutions préconisées avec d’autres ou encore leur donner des conseils en matière de normalisation. Une opportunité pour le marché de se structurer et, au-delà, d’affirmer ses ambitions économiques ».
Le nouveau directeur général, Patrick Malléa, a détaillé la méthode : il s’agit avec cette structure de créer un nouvel éco-système transversal rassemblant des compétences multidisciplinaires, privilégiant la volonté d’agir et l’expérimentation, en assurant la visibilité et la mutualisation. « Il faut faire apparaître des filières, et s’ouvrir sur des éco-systèmes. Par exemple, « Maladies chroniques », « Handicap », « Vieillissement ». C’est par les usages que l’on réussira le changement, pas seulement avec les technologies ».
Gageons que l’on verra se multiplier rapidement ce type d’initiatives « désinhibantes » et fédératrices, dont Nathalie Kosciusko-Morizet, la Secrétaire d’Etat à l’Economie Numérique est l’une des pionnières. (voir le récent Atelier sur le Droit à l’Oubli Numérique)
Raison n°5 : la Globalisation. Avec le numérique ,les frontières géographiques s’estompent . Des communautés transnationales se créent et mutualisent le changement et les bonnes pratiques. La concurrence peut également venir de partout, obligeant les entreprises à s’assurer de leur compétitivité.
En résumé :
1. Nous sommes au cœur d’une révolution majeure, celle de l’information, mais nous ne le savions pas. Elle était cachée par la crise.
2. Elle est provoquée par la technologie, mais elle est avant tout « socio-économique ».
3. Elle fait changer les hommes et les femmes, au quotidien. Ils feront changer les entreprises et les organisations.
4. Le tissu numérique créé depuis 15 ans va révéler un tissu « entrepreneurial » puissant qui va démoder rapidement les organisations hiérarchiques et en « silos ».
5. La conduite du changement sera « transversale » et mue par une convergence de forces d’innovation.
6. Les partenariats entre les pouvoirs publics, les chercheurs, les experts, et les entreprises innovantes autour de multiples appels à projet seront des vecteurs essentiels.
7. Le consommateur et les services seront au cœur des projets pragmatiques et concrets qui résulteront de ces partenariats.
Un dernier point: il y a aujourd’hui en France 15 millions de plus de 60 ans. Les « baby boomers » s’apprêtent à quitter massivement les entreprises. La révolution numérique est une chance historique de donner à ceux qui le souhaiteraient un rôle actif : Apprendre, partager, transmettre, être solidaire. N’est-ce pas la meilleure recette anti-âge? Et quelle « énergie » ainsi libérée !
En France, on n’avait pas de pétrole, mais des idées. Désormais , nous avons en plus l’Energie Digitale.
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Crédit photo : Paris s’éveille Gadl