Plateformes : les grands acteurs technologiques veulent devenir des “catalyseurs” d’énergies. Cas n°1: Microsoft.


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Les Révolutions industrielles sont toujours une affaire d’énergie : la machine à vapeur, l’électricité, le pétrole, l’informatique, et maintenant la Révolution Digitale et l’ère des Plateformes, qui répond elle aussi au modèle identifié par l’économiste Carlota Perez .vie et temps forts d'une technologie Carlota Perez 1-600x299

Après une vingtaine d’années « frénétiques » où un capitalisme financier très abondant a impulsé une myriade de startups et quelques licornes, avec des modèles économiques disruptifs, nous entrons aujourd’hui  dans la phase de « synergie », qualifiée d’âge d’or par Carlota Perez.

Les GAFA ( Google, Apple, Facebook, et Amazon), puis  les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, et Uber) ont bâti une planète « mobile-1st et « cloud-1st » où l’on n’existe qu’à la condition d’enchanter l’utilisateur. Avec la technologie des plateformes, ils ont « ubérisé » des secteurs entiers de l’économie, dont les entreprises n’avaient rien vu venir, car elles étaient, pour la plupart, encore organisées sur un modèle « fordien »  fondé sur l’optimisation permanente d’un processus linéaire et budgétivore organisé autour du « produit ». Avec pour leviers  l’ajustement permanent des ressources humaines et la répartition pertinente de ressources financières .

Sans les grands de l’informatique et l’écosystème de consultants qu’ils ont impulsé, les immenses progrès réalisés en 40 ans n’auraient pas été possibles. Avec eux, les entreprises   ont appris à répondre à des challenges technologiques – c’est désormais dans leur ADN – c’est pourquoi elles ont abordé la révolution digitale par la technologie.

Aujourd’hui, elles ont à faire face à un challenge transformationnel. Il s’agit plus de libération et de mobilisation des énergies que de technologie. Il faut placer l’Humain au premier plan et non plus le produit. Comment superposer une organisation dédiée à l’Humain et à l’engagement à l’organisation produit traditionnelle qui reste nécessaire?

Un enjeu vital pour les grands de l’informatique,  et il est intéressant de comprendre comment ils l’abordent.

Cas n°1 : l’exemple de Microsoft.

Kevin Turner, le COO de Microsoft était récemment de passage à Paris .  Devant quelques clients et invités, il a fait le point sur la transformation de Microsoft initiée par Satya Nadella, le nouveau CEO. En voici un résumé:

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« Notre ambition : donner les moyens à toute personne et à toute organisation de la planète d’avoir plus de réussite. » Kevin Turner, COO Microsoft.

 Microsoft se pose en partenaire entrepreneur et catalyseur d’énergies , et non plus seulement en fournisseur de logiciels et de services informatiques.

  •  Un nouveau cap.

Pour mobiliser les énergies, il faut redonner de la perspective et insérer tous les acteurs dans un challenge « qui les dépasse ». Le « mission statement » de Microsoft affiche l’ambition : « donner les moyens à toute personne et à toute organisation de la planète d’avoir plus de réussite ».  Ce n’est plus un challenge technologique, mais transformationnel, une belle (re-) définition de la productivité “planétaire” du 21 ème siècle, et un “cap” qui ne peut qu’inciter à l’engagement.

  • Une réorganisation en profondeur et une nouvelle philosophie.

  • Une offre de services centrée sur l’utilisateur – et son mobile-, ce qui implique de gérer la dualité entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle , avec  des règles de sécurité compatibles avec les exigences des entreprises (#enterprise-grade).
  • Une suppression des frontières : Microsoft a rebattu les cartes en interne en créant 3 grandes « business units » à partir de 6 divisions (voir ci-dessous)
  • Une philosophie de « co-opetition » avec la multiplication des partenariats avec les concurrents (notamment Oracle, IBM, Apple, SAP, mais aussi Facebook, Google, Salesforce, Dropbox, Box, Adobe, Valve et Ubuntu, Docker…) pour aller plus vite.
  • Trois axes de transformation qui sont aussi 3 « business units ».

1- Productivité et « Business Process » 

Une proposition de valeur  que l’on peut résumer par « la collaboration sans frontières et sans friction  en toute sécurité ».En facilitant la création et la communication, le partage de fichiers et la création de contenu, avec des outils  de « business intelligence » et , avec l’ « organizational analytics », des outils de pilotage d’un type nouveau. Office 365 et Windows 10 sont les fers de lance d’une solution que Microsoft veut globale.

Reinventing productivity & business process -Kevin Turner 2016 03 04 Paris

 

2- Une Plateforme cloud « intelligente » …construite avec les clients.

Une  plateforme qui s’organise autour des personnes,  qui peuvent gérer les différents compartiments de leur existence sur les mêmes appareils, mais avec des profils différents et étanches. Elle est conçue pour faciliter l’engagement en repoussant en toute sécurité les frontières de l’entreprise.

Tout comme Amazon (AWS) , elle veut donner  à ses utilisateurs la possibilité de démarrer à 3 dans un garage et de devenir Uber ou Airbnb sans changer d’outil, tout ceci avec des coûts essentiellement variables.

Microsoft se pose en partenaire co-entrepreneur , et non plus en fournisseur de logiciels et de services informatiques. Un partenaire qui détient les clés de la planète digitale dont il a même supprimé la barrière des langues. Un partenaire connu comme le loup blanc par des générations de cadres nourris avec Excel, Access, Powerpoint, et Word…pour transformer de l’intérieur, en douceur. Un partenaire prêt à envisager dans certains cas, selon Kevin Turner, un modèle économique de partage de revenus.

Le résumé des points forts.

intelligent cloud microsoft détouré

  • Gestion de la dualité de l’utilisateur : vie pro / vie privée
  • Hyper-scale (un environnement distribué permettant de faire face à une augmentation exponentielle de la demande et des data sans impact sensible sur les coûts, ce qui donne à des organisations de petite taille des capacités autrefois réservées aux gros).
  • Enterprise grade (lire l’excellent article de Ben Kepes dans Forbes « What does Enterprise Grade really mean ? »
  • Hybride Public-Privé
  • Sécurité +++ et protection vie privée+++
  • Gestion simplifiée des parcs machines (mobiles et fixes) avec l’Enterprise Mobility Suite.
  • Ouverture totale: toute plateforme, tout système de gestion de données , tous les outils de développement, et toutes les solutions Cloud

 

Microsoft Cloud supports...KT Paris 2016 03 04

Les 6 piliers de la plateforme.

Microsoft revendique enfin  Un système de tarification très souple.

3- More Personal Computing : l’alliance du Hardware, des Logiciels, et des Services…et déjà 45 milliards de dollars.

Une « business unit » intitulée « more personal computing » (sic)  qui regroupe le Hardware, les logiciels, et les services, et pèserait déjà près de 45 milliards de dollars, comme le souligne PC World dans un article du 12/10/2015 (ici),

Tout se passe comme si Microsoft était  en train, avec d’autres,  de viabiliser la planète digitale pour la rendre accessible 24/7  à toute personne et à toute organisation de la planète, en donnant aux entreprises toutes les  garanties de sécurité, de protection de la vie privée, et de gestion des accès, tout en permettant à chaque utilisateur de contrôler, sur la même plateforme, les différentes dimensions de son existence.   Et ça semble plutôt bien parti, comme en témoignent ces quelques chiffres:

(source: « Microsoft by the numbers »)

  • 1,2 milliard de personnes utilisent Office dans 140 pays et en 107 langues.
  • Office a été téléchargé 340 millions de fois sur les iPhones, les iPads, et les mobiles Androïds.
  • Skype.com a plus de 200 millions d’utilisateurs actifs dont les appels quotidiens  totalisent chaque jour 3 milliards de minutes, et peuvent , avec Skype Translator, être traduits en temps réel en 8 langues (anglais, espagnol, français, allemand, italien, mandarin, arabe, et portugais), et même 50 pour les messages instantanés.
  • Plus de 200 millions d’appareils fonctionnent sous Windows 10 dans 192 pays (pratiquement tous les pays de la planète) et Microsoft vise 1 milliard d’appareils en 2018
  • 40% des revenus d’Azure proviennent de startups et de revendeurs indépendants
  • 80% des entreprises du Fortune 500 sont sur le Cloud de Microsoft.

Le Mobile et le Cloud ont fusionné le Digital et le monde physique. La compétitivité s’organise aujourd’hui autour des données, à l’intersection de la Technologie, des Talents, et des Modèles Economiques. Avec sa plateforme, Microsoft permet désormais aux entreprises une double architecture: l’une, ancienne, centrée sur le produit et la transaction; l’autre, faite pour l’engagement – qui répond à une logique totalement nouvelle, très bien analysée par Google dans son dossier ” Micro-moments: your guide to winning the shift to mobile”  . Reste à définir où l’on veut aller, identifier les talents,  mobiliser les énergies, et trouver les modèles économiques porteurs.

(Disclosure: je n’ai aucune relation commerciale avec Microsoft. Les éléments ci-dessus sont extraits, à mon initiative, de documents publics de Microsoft et, pour 3 d’entre eux, de la présentation de Kevin turner .)
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